Entreprises. Gestion en régime transitoire
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ENTREPRISES. GESTION EN RÉGIME TRANSITOIRE.
Tous les chefs d’entreprise le savaient. Il faut se méfier des régimes transitoires.
Pour les créateurs, c’est l’ABC du métier. Pour les liquidateurs il ne suffit pas d’inverser le processus. Il n’y a guère que les gestionnaires de routines pour imaginer que demain sera comme hier et que tout est réversible.
Créer une entreprise est une tâche absorbante. La faire monter en puissance est exaltant. Chaque jour apporte des progrès dans l’organisation, renforce la production, stimule les ventes, accroît le chiffre d’affaires, arrondit les bénéfices.
Les grandes difficultés du régime transitoire ascendant sont de maîtriser la progression, d’assurer la cohérence des moyens, de ne pas se laisser s’établir, s’étrécir et se multiplier les goulets de production.
Le dynamisme, l’optimisme, la détermination, la foi communicative sont les qualités maîtresses de l’entrepreneur entreprenant.
La décroissance de l’activité est d’autant plus préoccupante qu’elle est souvent due à des causes externes. Les plus grandes difficultés des régimes transitoires descendants est de percevoir les tendances, de ne pas être pris au dépourvu, de prendre assez tôt les mesures conservatoires. Le plus grand risque est de prendre des mesures d’économie trop précoces ou trop sévères. Il faut éviter de se créer une série de goulets potentiels qui freineraient, et pourraient même interdire, toute éventuelle reprise.
Le péril se situe entre l’inaction et les réactions trop brutales.
La vigilance, la clairvoyance, le discernement, la mesure, la modération, le sang froid, sont les qualités premières de l’entrepreneur de repli.
La grande crise que nous venons de vivre a été tout autre qu’une pulsation de routine si tant est que la routine ait jamais droit de cité dans une entreprise.
Pour les uns cette fameuse crise vient de passer. Pour d’autres elle passe. Pour certains, elle ne passera pas. À tous elle a imposé un exercice auquel personne ne s’était préparé.
Jamais, au monde et dans l’Histoire, l’économie n’avait connu un tel coup de frein, simultané, brutal, général, multidimensionnel, d’aussi longue durée.
De mémoire d’entrepreneur nul n’avait jamais vu un tel carambolage ni dans ses flux d’amont, ni dans ses trafics d’aval, ni dans ses engagements collatéraux.
Cela rappelait un polar de cinéma. Cependant que hurlaient les sirènes dans des traques et courses folles, les voitures des malfaiteurs, des policiers et des tiers passants s’entremêlaient, se percutaient, finissaient en flammes et en fumée, sur un monceau d’épaves tordues et de verre brisé.
Il ne s’agissait ni de cascades, ni de simulations, ni d’effets spéciaux. Les conséquences d’une crise, réputée circonscrite à l’économie virtuelle des bureaux, étaient là, bien réelles, dans les usines, dans les ateliers, dans les magasins, dans les familles.
Cette crise proclamée non systémique par les théoriciens pour se tranquilliser a contaminé tout le système économique. Les managers étreignaient les réalités comme des poignées de sable chaud et sec qui leur filait entre les doigts.
C’est la loi du genre politico-médiatique, les victimes ont été promptement mises hors ou dans le champ des caméras selon le désir des communicateurs d’alarmer ou de rasséréner le peuple, de montrer ou d’occulter l’impéritie collective.
En leurs plus brillants atours et contours, dédouanages et dédouanements occupaient le champ médiatique
Chacun se posait en victime, fustigeait les responsables, appelait les foudres du ciel pour punir les coupables. Les petits Jupiter avaient disjoncté et coupé les compteurs. Ceux qui d’habitude étaient les plus diserts ont gardé le silence comme les fiévreux gardent la chambre.
L’état d’urgence a néanmoins été proclamé. On a distribué des antidotes. L’antivirus monétaire a fait grimacer les uns, a été dévoré par d’autres. Nul ne sait bien encore ce que coûtera ni quand écherra l’écot involontaire, inopiné, implicite, différé, qui incombera au citoyen de bonne ou mauvaise volonté
Aux qualités managériales ordinaires, les gouverneurs des régimes transitoires doivent allier des aptitudes plus rares que seule révèle la pratique.
Il faut d’abord savoir convaincre que l’on ne peut rester durablement riche en payant les gens à ne rien faire.
Il faut aussi, en temps opportun, se rappeler les principes qui, au fond des cales, régissent le maintien à flot et la navigation des galères en situation critique.
Si par gros temps il faut se délester, il vaut mieux jeter par-dessus bord fouets et fouetteurs que rames et rameurs.
Et il ne faut pas oublier que certains fouetteurs peuvent devenir d’excellents rameurs. Transitoires ou définitifs.
Ramer à son banc de galère est un moyen de ne pas être relégué au ban de la société.
Et c’est souvent le seul.















